L'Agence française de sécurité
sanitaire de l'environnement et du travail (Afsset), qui recommande d'utiliser
le mobile "avec discernement", a financé une étude sur l'impact des
radiofréquences à Besançon et à Lyon. Pendant une semaine, 400 volontaires ont
porté un dosimètre. Les trois millions de mesures récoltées montrent que la
grande majorité des expositions sont dues au téléphone portable, au sans-fil
domestique (DECT) et au four à micro-ondes. Coordinateur de l'étude, l'épidémiologiste
Jean-François Viel note qu'il s'agit de résultats préliminaires, à affiner,
notamment en ce qui concerne le Wi-Fi, "qui émet dans la même gamme de
fréquences que le four micro-ondes".
Publiée en ligne par la revue Occupational
and Environmental Medecine (OEM), cette analyse, conduite par les Suédois
Lennart Hardell (université d'Orebro) et Kjell Hansson (université d'Umea),
contredit une étude rendue publique en septembre en Grande-Bretagne, selon
laquelle "il n'a pas été montré que les mobiles étaient associés à des
effets biologiques ou délétères".
Mais Lawrie Challis, qui a dirigé l'étude
britannique, admet, rapporte le quotidien The Independent, qu'en raison
du faible nombre de patients ayant utilisé un téléphone mobile depuis plus de
dix ans, "il n'est pas possible à ce stade d'écarter la possibilité que
des cancers puissent apparaître dans les prochaines années".
L'incertitude liée au temps de latence entre l'exposition aux champs électromagnétiques
et le développement éventuel d'une tumeur reste l'un des principaux obstacles
dans la conduite d'études épidémiologiques "conclusives".
"GROS CONSOMMATEURS"
En France, où la téléphonie mobile a
pris son essor à partir de 1992 et où l'on dénombre désormais plus de 52
millions d'abonnés, l'étude la plus récente, publiée en septembre dans la Revue
d'épidémiologie et de santé publique, souffre des mêmes limitations. Elle
porte sur des patients atteints de tumeurs cérébrales entre 2001 et 2003.
"L'usage régulier du téléphone
mobile n'est pas lié à une augmentation du risque de neurinomes, de méningiomes
ou de gliomes,
conclut-elle. Bien que ces résultats ne soient pas significatifs, il semble
toutefois exister une tendance générale à une augmentation du risque de gliome
chez les plus "gros consommateurs" de téléphonie mobile :
utilisateurs de longue durée, au temps de communication élevé et ayant utilisé
un plus grand nombre de téléphones."
La puissance statistique de l'étude
française étant insuffisante pour trancher, les auteurs renvoient à l'étude
internationale Interphone, lancée en 1999. Elisabeth Cardis, qui coordonne
Interphone au Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), à Lyon,
n'est pas surprise par les résultats de l'étude de Lennart Hardell et Kjell
Hansson. "Ils s'appuient sur plusieurs études incluses dans Interphone,
qui ont effectivement noté des augmentations, significatives ou non, des gliomes
chez les utilisateurs de mobile", admet-elle. Toute la difficulté réside
dans l'interprétation des résultats, ajoute-t-elle.
Un des biais possibles concerne la mémorisation
par les malades de leur propre usage du téléphone. "Ils cherchent une
explication à leur maladie et ont tendance à exagérer leur exposition",
note Elisabeth Cardis. Ce biais de mémorisation est statistiquement repérable :
il conduit à une apparente réduction du risque de tumeur dans l'hémisphère
opposé au téléphone, comme si exposer un côté protégeait l'autre...
L'étude Interphone s'attachera aussi
à préciser la localisation des tumeurs. Si 20 à 30 % de la dose électromagnétique
émise par le téléphone sont absorbés par le cerveau, "cette exposition
est très localisée", indique Elisabeth Cardis. Il est alors peu
probable qu'une tumeur dans la partie frontale ou occipitale puisse être
attribuée aux radiofréquences, note-t-elle.
LAXISTES
Ces problèmes méthodologiques
expliqueraient, selon la chercheuse, le retard de plusieurs années pris dans la
publication de l'étude Interphone, espérée "dans quelques mois".
En attendant, Elisabeth Cardis refuse de se prononcer sur la nécessité ou non
de réviser les normes d'émissions de radiofréquences.
Celles-ci sont jugées trop laxistes
par un groupe de spécialistes internationaux, dont Lennart Hardell. Ces experts
ont rendu public, le 31 août, un rapport dans lequel ils réclament un
durcissement de la réglementation internationale sur les ondes électromagnétiques,
qu'elles soient émises par les lignes à haute tension, les fours à micro-ondes,
les antennes et relais de télécommunications ou les téléphones portables.
Hervé Morin
Article paru dans l'édition du 13.10.07.
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