| ConsomActrice - Agriculture: du Bio aux OGM |
Cela peut paraît
surprenant. Après tout, les agriculteurs biologiques rejettent les pesticides,
les engrais synthétiques et les autres outils devenus synonymes d’agriculture à
haut-rendement. Au lieu de cela, ils dépendent de l’élevage pour avoir du
fumier et doivent faire pousser des haricots, du trèfle ou d’autres légumes
fixateurs d’azote et fabriquer du compost ou d’autres formes d’engrais qui ne
peuvent être produits dans des usines chimiques mais qui doivent être cultivés
- et qui consomment donc de la terre, de l’eau et d’autres ressources. (La
production d’engrais chimiques nécessite elle des quantités importantes de
pétrole.) Dans la mesure où les agriculteurs biologiques s’interdisent
l’utilisation de pesticides synthétiques, on peut penser que leurs cultures
sont dévorées par des hordes d’insectes, leurs fruits frappés par la pourriture
brune des cabosses et leurs plantes étouffées par les mauvaises herbes. De
plus, comme l’agriculture biologique nécessite une rotation des cultures pour
aider à contrôler les parasites, on ne peut cultiver aussi souvent dans le même
champ du blé du maïs ou tout autre produit.
... De
nombreuses études menées de par le monde montrent en réalité que les fermes
biologiques peuvent produire autant, et dans certains cas beaucoup plus que les
fermes conventionnelles. Quand il y a des différences de rendement, elles ont
tendance à être plus importantes dans les pays industrialisés, où les
agriculteurs utilisent de grandes quantités d’engrais synthétiques et de
pesticides dans leurs incessantes tentatives d’augmenter la production. Il
est vrai que les agriculteurs qui se dirigent vers une production biologique
ont souvent un rendement moins élevé les premières années, le temps que le sol
et la biodiversité alentour récupèrent après des années d’assauts chimiques.
Plusieurs saisons peuvent être également nécessaires pour qu’un agriculteur
affine cette nouvelle approche. …
… En passant en revue plus de 200 études menées
aux Etats-Unis et en Europe, Per Pinstrup Andersen (professeur à Cornell et
gagnant du World Food Prize) et ses collègues sont arrivés à la conclusion que le rendement de
l’agriculture biologique arrive environ à 80% du rendement de l’agriculture
conventionnelle. Beaucoup d’études montrent une différence encore moins
marquée. …
… Plus important encore, dans les pays les plus pauvres où se concentrent les problèmes de
famine, la différence de rendement disparaît complètement. … Contrairement
aux critiques qui affirment qu’il s’agit d’un retour à l’agriculture de nos
grands-parents ou que la majeure partie de l’agriculture africaine est déjà
biologique, que cela ne peut pas fonctionner, l’agriculture biologique est une combinaison sophistiquée de sagesse
ancienne et d’innovations écologiques modernes qui permettent d’aider à
maîtriser les effets générateurs de rendement des cycles nutritifs, les
insectes bénéfiques et la synergie des cultures. Elle dépend énormément de la
technologie - et pas seulement de la technologie issue des usines chimiques. …
Des fermes à haut contenu énergétique
Nous pourrions donc nous passer des usines
chimiques ?
… une équipe de scientifiques de l’université du
Michigan a essayé d’estimer la quantité de nourriture qui pourrait être
récoltée après une transition mondiale vers l’agriculture biologique. L’équipe
a passé au peigne fin toutes les études comparant le rendement des fermes
biologiques et celui des fermes conventionnelles. En se basant sur 293 exemples, elle a établi un ensemble de données
globales sur le taux de rendement des cultures mondiales les plus importantes
dans les pays développés et les pays en voie de développement. Comme prévu, le rendement de l’agriculture
biologique s’est révélé inférieur à celui de l’agriculture conventionnelle pour
la majorité des catégories de cultures dans les pays riches, alors que les
études menées dans les pays en voie de développement ont montré que
l’agriculture biologique améliorait le rendement. …
… la
majeure partie de la biodiversité mondiale se trouve à proximité des terres
cultivées et que cela ne changera pas de sitôt. …
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… le groupe de Halberg …Même si le groupe est arrivé à la conclusion que la production de
nourriture déclinerait en Europe et en Amérique du Nord, ce modèle ne semblait
pas avoir d’impact important sur les prix au niveau mondial. Comme il partait
du principe, à l’instar de l’étude menée par les chercheurs du Michigan, que
l’agriculture biologique augmenterait la production en Afrique, en Asie et en
Amérique Latine, dans le scénario le plus optimiste, même l’Afrique
Subsaharienne, actuellement affamée, pouvait exporter un surplus alimentaire.
…, les
études de terrain montrent que l’augmentation de la production due au passage à
l’agriculture biologique est plus importante et consistante justement dans les
régions pauvres, isolées et frappées par la sécheresse, où les problèmes de
famine sont les plus graves. « L’agriculture biologique pourrait
grandement contribuer à améliorer la sécurité alimentaire en Afrique
Subsaharienne » affirme Halberg.
Mauvaise question ?
Pour commencer,
l’agriculture biologique n’est pas aussi facile que celle qui fait appel aux
produits chimiques. Au lieu de choisir un pesticide pour prévenir l’invasion
d’un parasite, par exemple, un agriculteur biologique peut envisager de changer
la rotation de ses cultures, de cultiver une plante qui éloignera les nuisibles
ou attirera ses prédateurs - des décisions qui demandent une certaine
expérience et une planification à long terme. De plus, l’étude de l’IFPRI
laisse entendre qu’une conversion à grande échelle à l’agriculture biologique
pourrait nécessiter que la majorité de la production laitière et bovine
« soit mieux intégrée à la rotation des céréales et aux autres cultures
commerciales » pour optimiser l’utilisation du fumier. Ré-introduire des
vaches sur une ou deux exploitations pour fertiliser le sol peut sembler
facile, mais le faire à grande échelle serait un vrai défi - et il est plus
rapide de déverser de l’ammoniaque sur les sols épuisés.
Une fois encore il ne s’agit que d’hypothèses
dans la mesure où une transition mondiale vers l’agriculture biologique
pourrait prendre des décennies. Les
agriculteurs sont des gens travailleurs et ingénieux et ils font généralement
face à tous les problèmes qui peuvent se présenter. Si l’on élimine les engrais
azotés, de nombreux agriculteurs feront probablement paître des vaches dans
leurs champs pour compenser. Si l’on supprime les fongicides, ils chercheront
des variétés de plantes résistantes aux moisissures. A mesure que de plus en
plus d’agriculteurs vont se mettre à cultiver de manière biologique, ils
amélioreront leurs techniques. …
… En
d’autres termes, « l’agriculture biologique peut-elle nourrir la
planète ? » n’est probablement pas la bonne question dans la mesure
où nourrir la planète dépend plus de la politique et de l’économie que de
n’importe quelle innovation technique.
« La vraie question est :
pouvons-nous nourrir la planète ? Point. Pouvons-nous remédier aux
disparités en matière de nutrition ? » Kahn fait remarquer que la
faible différence aujourd’hui entre le rendement de l’agriculture biologique et
celui de l’agriculture conventionnelle ne serait pas un problème si les
excédents alimentaires étaient redistribués.
L’agriculture biologique a cependant d’autres
avantages qui sont trop nombreux pour être tous cités. Des études ont montré, par exemple, que les coûts
« externes » de l’agriculture biologique - l’érosion, la pollution
chimique de l’eau potable et la mort d’oiseaux et d’autres formes de vie
sauvage - représentaient seulement un tiers de ceux de l’agriculture
conventionnelle. Des enquêtes menées sur tous les continents montrent que
les fermes biologiques abritent beaucoup plus d’espèces d’oiseaux, de plantes
sauvages, d’insectes et d’autres espèces sauvages que les exploitations
conventionnelles. Des tests menés par plusieurs gouvernements ont révélé que
les aliments biologiques ne contenaient qu’une minuscule fraction des résidus
de pesticides que l’on trouve dans les autres aliments et ne contenaient pas
d’hormones de croissances, d’antibiotiques et autres additifs présents dans de
nombreux aliments conventionnels. Il existe même des preuves que les aliments
biologiques ont des niveaux considérablement plus élevés d’anti-oxydants
bénéfiques pour la santé.
Il y a également des avantages sociaux. Parce
qu’elle ne dépend pas d’intrants coûteux, l’agriculture biologique pourrait
aider à faire pencher la balance en faveur des petits fermiers dans les pays
frappés par la famine. Un rapport de 2002 de l’Organisation des Nations Unies
pour l’alimentation et l’agriculture notait que « les systèmes biologiques peuvent permettre de doubler ou de
tripler la productivité des systèmes traditionnels » dans les pays en
voie de développement, mais indiquait que la comparaison à propos du rendement
donnait une « image limitée, étroite et souvent trompeuse » dans la
mesure où les fermiers de ces pays adoptent souvent les techniques
d’agriculture biologique pour économiser de l’eau et de l’argent et réduire la
variabilité du rendement dans des conditions extrêmes. Une étude plus récente
du Fonds international de développement agricole a trouvé qu’à cause de son
besoin en main-d’œuvre plus élevé, « l’agriculture
biologique pouvait se révéler particulièrement efficace pour redistribuer les
ressources dans les régions où la main-d’œuvre est sous-employée. Cela peut aider
à contribuer à la stabilité rurale. »
La terre du milieu
On obtiendrait ces avantages même sans une
conversion complète à une sorte d’utopie biologique. En fait, certains experts pensent qu’il serait plus prometteur et
raisonnable d’adopter une position intermédiaire, où de plus en plus
d’agriculteurs choisiraient les principes de l’agriculture biologique même
s’ils n’en suivraient religieusement pas l’approche. Dans ce scénario, les
fermiers pauvres et l’environnement y gagneraient. …
Bunch préconise plutôt une « voie du milieu » une éco-agriculture ou agriculture à
faible niveau d’intrants qui utilise de nombreux principes de l’agriculture
biologique et ne dépend des produits chimiques que pour une petite fraction.
« Ces systèmes peuvent permettre aux petits cultivateurs de produire
immédiatement deux ou trois fois ce qu’ils produisent actuellement »
explique Bunch. « De plus, c’est intéressant pour les petits producteurs
car le prix par unité produite est moins élevé. » En plus des gains
immédiats au niveau de la production alimentaire, Bunch laisse entendre que les
avantages environnementaux de cette voie du milieu seraient beaucoup plus
grands qu’un passage total à l’agriculture biologique car « cinq à dix
fois plus de petits cultivateurs l’adopteraient par unité de sol et par
investissement consacré à la formation. Ils n’enlèvent pas la nourriture de la
bouche de leurs enfants. Si cinq cultivateurs réduisent de moitié leur
utilisation de produits chimiques, les effets bénéfiques sur l’environnement
seront deux fois et demi plus grands que si un cultivateur passe complètement à
l’agriculture biologique. »…
Brian Halweil est chercheur à l’Institut Worlwatch et l’auteur de Eat Here : Reclaiming Homegrown Pleasures in a Global Supermarket.
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